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Basketball Masculin

Trivedi raconte les leçons apprises derrière le banc de basketball des Badgers

Libaan Osman

À compter de ses jours comme Étoile académique canadienne jusqu’à son rôle comme leader de McGill vers quatre championnats québécois, Madhav Trivedi est passé à une nouvelle étape de sa carrière, cette saison, à titre d’entraîneur-chef de l’équipe masculine de basketball de Brock.

Pour plusieurs, devenir entraîneur de basketball au niveau universitaire est un rêve presque irréalisable. Très peu y arrivent et, dans ce cas particulier, la persévérance, la renonciation, et le travail acharné ont joué un rôle prépondérant.  

Trivedi — mieux connu sous le sobriquet « Muddy » — a joué au basketball, dans sa jeunesse, au centre-ville de Toronto ; sa famille allait déménager en banlieue dès sa deuxième année du secondaire et là, le basketball est vite devenu sa seconde nature. Comme nouvel élève de l’école secondaire Vaughan, les attentes de Trivedi n’étaient pas très élevées, mais lorsqu’il s’est présenté en retard à son premier camp d’essai, il a rapidement vu de quel bois on se chauffait à Vaughan.

« Je suis entré dans le gymnase et l’un des vétérans est venu vers moi et m’a dit : Ne sois plus jamais en retard, autrement tu ne seras plus le bienvenu ici, » se rappelle Trivedi.

Il fallait, dès ce moment-là, que Trivedi fasse — en quelque sorte — une vocation du basketball, à l’intérieur d’un programme reconnu pour avoir lancé la carrière NBA de l’arrière Andrew Wiggins. On a eu vite fait de reconnaître ses possibilités, de tirer le meilleur de lui — au point où il s’est retrouvé, en 10e année, sur l’équipe #1.

Entouré d’entraîneurs passionnés, en la personne d’Ajay Sharma — aujourd’hui entraîneur-chef du programme féminin au Collège Humber — l’enthousiasme de Trivedi pour le basketball a monté en flèche. Dans ses moments libres, Trivedi passait des heures dans le centre récréatif de Vaughan, aidant à entraîner des jeunes de la ligue maison et donnant un coup de main lors des cliniques de basketball. Travailler avec ces jeunes est devenu une passion pour lui et, dans sa dernière année, Trivedi a posé sa candidature à un programme de soins à l’enfance et à la jeunesse de l’université Ryerson, où il a été accepté.    

Emballé pour le sport tout au long du secondaire, et dans les études par-dessus la tête, Trivedi — sans avoir été invité — s’est présenté au camp d’essai du basketball de l’université et a été sélectionné sur-le-champ.

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Après quatre ans comme meneur de jeu à Ryerson, Trivedi a eu à faire face à un changement d’entraîneur, cette fois en la personne de Roy Rana, qui jouait un rôle secondaire auprès de l’équipe depuis 2009. Trivedi, qui connaissait Rana depuis ses années au secondaire, s’est vu offrir une occasion qui allait s’avérer un tremplin vers sa carrière d’entraîneur. Rana allait offrir à Trivedi le poste d’adjoint étudiant auprès de l’équipe, dans l’optique d’aider Rana à se familiariser avec Ryerson.

« Lorsqu’il est arrivé, il m’a dit : ‘Dis-moi, aimerais-tu te familiariser avec cet aspect-ci du basketball ? je peux t’aider, t’y initier en quelque sorte,’ se rappelle Trivedi. ‘Et, parallèlement, je sais que tu connais bien Ryerson alors tu pourrais m’aider à m’y acclimater.’ »

Une relation réciproque s’est développée alors que la carrière d’entraîneur de Trivedi prenait tranquillement son envol. Après avoir obtenu son baccalauréat en soins de l’enfance et de la jeunesse, il s’est dirigé vers le collège d’enseignants à l’Université Queen’s. Au cours de cette période, il s’est éloigné du basketball un bon moment pour se consacrer à ses études, ratant l’expérience U SPORTS après ce temps phénoménal auprès de Rana.   

Mais lorsque le programme de basketball de Queen’s a retenu les services de Stephan Barrie, comme nouvel entraîneur, Trivedi a ressenti de nouveau la piqûre et a communiqué avec Barrie qui cherchait justement à compléter son équipe. Et, un peu comme cela s’était présenté après sa quatrième année à Ryerson, Trivedi s’est mis à songer à comment il pourrait contribuer à l’équipe de Queens en pleine campagne de reconstruction.

« J’ai immédiatement pensé à recruter. J’avais remarqué avec quelle ardeur Roy avait recruté pour rebâtir le programme de Ryerson. »                

Madhav Trivedi

Trivedi a été appelé pour une entrevue, mais il avait déjà le poste avant même de mettre le pied dans le bureau, Barrie ayant fait son “enquête préliminaire” et vite compris qui était Trivedi après avoir discuté avec Rana lors d’un événement social et rapidement saisi qu’il serait la bonne personne à avoir comme adjoint.

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Son expérience de jeu préalable a fait en sorte qu’il a excellé à Queens ; il était évident que ce qu’il avait vécu lui-même lui facilitait ses relations avec les joueurs ; il était nettement celui qui était le plus près d’eux. Il a comblé l’écart entre les joueurs et les entraîneurs ; sa soif d’apprendre, de mettre le temps qu’il faut pour s’améliorer n’a fait que contribuer au succès futur de Trivedi.

Peut-être le nom le plus familier parmi les joueurs que Trivedi a réussi à recruter est le meilleur compteur de l’histoire de Queen’s, Sukhpreet Singh, qui à l’époque avait exprimé qu’il n’avait aucun intérêt à se joindre au programme, mais dont la seule visite de Barrie et Trivedi a fait pencher la balance en faveur de Queen’s.

À la suite de sa deuxième année à Queen’s, Trivedi s’est fiancé à une résidente de Montréal. Barrie, qui connaissait bien l’entraîneur-chef de McGill, David DeAveiro, qui avait été son adjoint au cours de sa carrière de joueur au Collège Humber dans les années ‘90, a recommandé Trivedi à DeAveiro.

« Je lui ai dit que ça allait de soi,» dit Barrie. S’il allait se retrouver à Montréal et qu’il était prêt à se joindre au personnel, il ne pouvait pas le refuser. Il ne pourrait qu’être un atout pour Dave et pour le programme de McGill.

Avant de se joindre au programme de Queen’s, Trivedi se souvenait s’être adressé à DeAveiro pour offrir ses services, mais n’avait reçu aucune réponse.

« J’appelais Dave sans arrêt, » raconte Trivedi. « Il ne prenait pas mes appels, ne répondait pas à mes courriers, rien ! Un jour, alors que je recrutais pour Queen’s, et que mon temps à Queen’s tirait vraiment à sa fin, il me dit « Je regrette vraiment de ne jamais t’avoir répondu. »  

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Cette fois, DeAveiro sauterait sur sa chance d’accueillir Trivedi dans son équipe d’entraîneurs et ce déplacement vers Montréal s’est traduit par les meilleures années de coaching pour Trivedi. Au cours de ses cinq saisons à McGill, les Redmen allaient remporter quatre championnats RSÉQ.

Du mentor que DeAveiro a été pour Trivedi, s’est développée une amitié bien au-delà de leur passion pour le basketball. Trivedi, nouveau papa, se tournait régulièrement vers DeAveiro pour des conseils, tout en perdurant dans sa croissance comme entraîneur à qui DeAveiro confiait l’équipe en son absence.

« Je crois que personne n’aurait pu demander une meilleure expérience de basketball et de vie que celle que nous avons connue au cours de ces cinq ans. »

Madhav Trivedi

Une séquence de cinq ans que personne ne voulait voir se terminer, mais avec une jeune famille et toute sa parenté à Toronto, il a jugé bon d’y retourner pour y voir grandir son fils de deux ans, tout en retrouvant son alma mater, Ryerson.

S’attendant absolument à renouer avec Rana et à se joindre à son équipe comme adjoint, tout a changé pour Trivedi lorsque Charles Kissi, entraîneur-chef de l’équipe masculine de basketball de Brock, lui a téléphoné pour lui annoncer qu’on venait de lui offrir un poste avec les Raptors 905 de la G-League de la NBA et qu’il aidait Brock à recruter des candidats potentiels pour un poste par intérim. Il avait immédiatement pensé à Trivedi.

La décision n’était pas facile pour Trivedi, lui qui se voyait entouré de sa famille entière et de retour “chez-lui” à Ryerson. Se rappelant une conversation qu’il avait eue avec Rana au sujet du poste à Brock, il a souligné à Trivedi que ceci serait une excellente expérience d’apprentissage pour lui, tout en l’aidant à développer une toute nouvelle brochette d’habiletés.  

« Je ne l’ai pas eu bien longtemps ; c’est la deuxième fois que cela m’arrive. J’engage un type et, en l’espace de deux mois, on lui offre un poste d’entraîneur-chef et je viens de le perdre, » déplore Rana. « C’est une excellente tête de basketball, un bon gars. Je suis vraiment, vraiment heureux pour lui que cette chance lui soit donnée. »

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Nonobstant cette déchirante décision, Trivedi n’est pas moins excité pour autant d’entreprendre cette nouvelle aventure comme entraîneur-chef de basketball à Brock. Il hérite d’une équipe d’expérience qui, à la fin de la saison 2017-18, était classée troisième au pays avec une fiche de 21-3 record et qui a terminé en cinquième place au tournoi des 8 finalistes à Halifax.   

Il est accueilli à bras ouverts à Brock ; l’arrière Cassidy Ryan connaît Trivedi depuis qu’il avait 16 ans et qu’il agissait comme adjoint auprès de l’équipe nationale cadette.  

« J’ai dit à l’entraîneur (Kissi) “quant à choisir un coach, c’est définitivement celui-là qu’il te faut. C’est un excellent coach — honnêtement. Il nous pousse, nous motive vraiment à donner notre meilleur.»

Cassidy Ryan

Au cours de son été on ne peut plus rempli, Trivedi a trouvé le temps d’aider l’Israël à s’assurer son tout premier championnat européen des M20 de la FIBA à vie, est déménagé à Toronto pour se joindre au personnel de Ryerson, avant de faire le détour vers St Catharines. Trivedi prend la vie une journée à la fois, son nouveau parcours représentant un autre pas dans sa vie et dans sa carrière d’entraîneur.

Lors de son premier match comme entraîneur-chef de Brock, Trivedi s’est retrouvé devant un visage qui lui était bien connu puisqu’il affrontait DeAveiro dans un match hors-concours le 5 octobre dernier.

« Il a dirigé un jeu que nous avions l’habitude de diriger ensemble, m’a regardé, et m’a souri, » raconte DeAveiro. « Ces petits moments privés où tu partages un rire, où tu te souris mutuellement, où tu admires ce que l’autre fait et où tu l’observes savourer sa première victoire comme entraîneur-chef — ça, ce sont les moments dont tu te souviendras toute ta vie.»


Libaan_Osman.png (40 KB)Libaan est un étudiant de deuxième année en journalisme à l'Université Ryerson. Il a écrit pour plusieurs publications, et a couvert les Raptors de Toronto et la NBA. En 2017, il s'est rendu à Halifax pour couvrir la finale du 8ème tournoi de basketball masculin de U SPORTS pour The Eyeopener, le journal du campus de Ryerson. Libaan est très impatient de présenter le niveau phénoménal de jeu que U SPORTS a à offrir par le biais de ses écrits.