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“Je suis encore en train de me battre:” Le combat d’Harrison Potvin pour sa santé mentale

Leah Diseris

Harrison Potvin a grandi dans une famille de sportifs, qui comprenait beaucoup de nageurs. Alors, bien évidemment, ses parents les ont encouragé, lui et son frère, à mener une vie de sportifs.

Même s’il a été fortement poussé à faire de la natation, Potvin a pris du plaisir à pratiquer plusieurs autres sports, et il aurait même continué à jouer au rugby si cela n’avait pas nui à sa pratique de la natation; le sport qui lui a donné tant d’expériences pour lesquelles il est aujourd’hui encore reconnaissant.

En arrivant à l’université, Potvin voulait continuer sa pratique de la natation, comme à son habitude, mais cela ne s’est pas avéré facile. Quand il est arrivé à Guelph pour le weekend de recrutement, l’entraîneur lui a tout d’abord annoncé qu’il ne ferait pas partie de l’équipe.

Même si cette annonce aurait pu être en soi une raison d’abandonner, Potvin n’a pas baissé les bras, choisissant au contraire de prouver à l’équipe qu’elle avait eu tort. Il s’est entraîné durement, puis a fait un retour en force, et a rejoint l’équipe de natation des Gryphons de Guelph.

Potvin est un étudiant-athlète universitaire typique : déterminé, doté d'une solide éthique du travail et ayant pour volonté de réussir.

Potvin a également dû lutter contre des problèmes de santé mentale.

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Lorsqu’il était en neuvième année, les parents de Potvin se sont séparés, et, au cours de cette même période, il a pu constater un changement au niveau de sa santé mentale.

« Pour un enfant de mon âge, qui avait vu ses parents - comme le font souvent la plupart des enfants - comme un couple parfait, rien ne me paraissait plus du tout logique », a-t-il expliqué. «Je suis une personne très émotive, alors, lorsque tout cela est arrivé, j’ai cru que c’était mon devoir d’absorber les émotions de tout le monde, parce que je voulais faire en sorte que tout le monde soit heureux. »

Potvin n'était alors âgé que de 12 ans, mais il a commencé à questioner sa propre sa valeur, et a ressenti le besoin d'essayer de sauver sa famille.

«Au lieu de me préoccuper de choses dont les enfants normaux devraient se préoccuper, je me suis fait du souci afin d’essayer de faire en sorte que ma famille se réconcilie, alors qu’en fait, je ne pouvais rien faire pour faire changer les choses.”

Même si cette période ne fut pas une situation facile à vivre, l'université allait se révéler être un défi encore plus grand.

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La transition du lycée à l'université est toujours assez intimidante. Tout est plus grand : le campus, les étudiants et la charge de travail. C’est un défi encore plus difficile à relever pour les étudiants qui décident de partir loin de la maison et de faire l’expérience de la vie universitaire tout seuls.

«Lorsque j'ai quitté ma petite ville, cela a fait disparaître les distractions qui me permettaient de croire que tout allait bien pour moi», a déclaré Potvin, qui est originaire de Whitby, en Ontario.

«Jusque là, j'avais utilisé beaucoup de choses de ma vie pour me distraire du fait que je n'allais pas bien ; mais ensuite, une fois que toutes ces distractions ont disparu, j’ai dû vraiment commencer à voir les choses en face. »

Avant d’entrer à l’université, Potvin était surtout préoccupé par l’idée de rendre les gens qui se trouvaient autour de lui heureux, et par l’idée de s'assurer que ses proches allaient bien. Même s’il s’agit d’une approche très honorable, cela l’a poussé à refouler ses propres sentiments, comme s’ils n’étaient pas importants. Cela n’a pas non plus été d’une grande aide que Potvin ait été victime de la stigmatisation selon laquelle les hommes ne doivent pas montrer leurs émotions, en particulier lorsqu’ils sont des athlètes.

«Dès l’instant où je n’ai eu qu’à m’occuper de moi-même, tout a basculé », a-t-il expliqué.

Potvin était sous forte pression. Il voulait rendre ses parents fiers, il voulait réussir à l’école, chose difficile lorsqu’on est étudiant en biologie animale dans un programme pour pré-vétérinaires, et il voulait également être un nageur à succès. Ajoutez à cela quelques problèmes personnels, et on obtient un niveau de stress incroyable.

«Lorsque tous les problèmes se sont amassés, j'en suis arrivé au point de me en quelque sorte sentir inutile », a-t-il expliqué. «Je n'ai jamais mentionné à quiconque à quel point tout cela m'affectait, et donc, j'avais l'impression que personne ne se souciait de moi, parce que personne ne savait ce qui se passait réellement. »

Cela a été le moment où Potvin s’est retrouvé au plus bas, parce qu’il s’est senti complètement seul.

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«J'avais l'impression que si j'étais parti, cela n'aurait même pas eu d'importance. »

Bien au contraire, cela a eu de l’importance, avant tout parce que Potvin avait autour de lui des gens qui se souciaient de lui, qui l'aimaient et qui souhaitaient le voir obtenir de l'aide.

Même s’il avait déjà eu des sessions de counseling par le passé, et qu’il en connaissait les bienfaits, Potvin ne voulait pas vraiment y avoir de nouveau recours.

«Je trouve que (ma santé mentale) va et vient par vagues», a-t-il expliqué. «Un jour, je peux être dans le pire état mental, et avoir l'impression que le monde qui m'entoure est en train de s'effondrer, alors je commence à paniquer, et le lendemain, tout semble aller pour le mieux et quelque chose me dit :« Il n'y a rien qui cloche avec toi », et puis ensuite, ça repart de nouveau et tout recommence. »

Les amis de Potvin ont remarqué à quel point son humeur pouvait fluctuer, et ils ont déterminé que ce qu’il ressentait n’était pas juste une rare occurence; et que Potvin avait besoin d'aller consulter.

En décembre 2016, à mi-parcours de sa première année à Guelph, Potvin a été diagnostiqué avec une dépression. Après son diagnostic, il a reçu le soutien de sa famille, de ses amis, et de ses coéquipiers.

« Mes parents ont été d’un grand soutien, mais cela a été un concept difficile à saisir pour eux parce que, surtout auprès de ma famille, je me suis toujours présenté comme un gars vraiment très heureux », a expliqué Potvin. « Je ne voulais pas qu’ils me traitent différemment de ce qu’ils avaient toujours fait, j’avais juste besoin qu’ils soient au courant. Cela a été difficile, mais je l'ai fait, et ils ont été d'un grand soutien. »

Je me suis retrouvé à ce point-là, et c’est le pire endroit au monde où se trouver, c’est pourquoi tout le soutien qui accompagne la Journée Bell Cause pour la cause est important, cela aide à montrer aux gens qu’ils ont toujours quelqu'un vers qui aller, et qu’il y aura toujours quelqu'un pour les écouter.

Potvin se sent chanceux d'avoir un groupe de soutien aussi important. Il apprécie particulièrement le soutien qu’il reçoit de la part de ses coéquipiers car, même lorsqu’on fait partie d’une équipe de natation, on est amené à passer beaucoup de temps tout seul, souvent seul avec ses propres pensées.

« Nager peut être particulièrement difficile parce qu’on passe beaucoup de temps tout seul, le visage sous l’eau, à regarder des lignes noires », a expliqué Chantique Payne, l’entraîneure en chef de l'équipe de natation des Gryphons. « Ces pensées vous traversent l'esprit, et vous êtes seuls avec elles pendant une longue période de temps, alors parfois, cela peut être particulièrement difficile. »

Mais Potvin a trouvé un exutoire dans le sport. Il a des gens à qui parler, des gens qui écoutent. Ces personnes l'ont aidé dans son combat contre la maladie mentale. Ils représentent sa famille lorsqu’il est loin de chez lui. 

« Je pense qu’il est difficile aujourd’hui de trouver des personnes qui ont vécu toute leur vie sans problèmes de santé mentale, ni de barrières liées aux problèmes de santé mentale, ou tout du moins, ces personnes que l’on trouve connaissent des proches ou ont des proches qui ont eu des difficultés dans ce domaine », explique Carrie Charles, une conseillère / thérapeute auprès des services de counseling et d'accessibilité de la ville de Guelph. 

« Se sentir seul mentalement, ça peut vous dévorer de l’intérieur, et vous blesser au point de commencer à croire que votre vie ne compte pour personne », explique Potvin. « Je me suis retrouvé à ce point-là, et c’est le pire endroit au monde où se trouver, c’est pourquoi tout le soutien qui accompagne la Journée Bell Cause pour la cause est important, cela aide à montrer aux gens qu’ils ont toujours quelqu'un vers qui aller, et qu’il y aura toujours quelqu'un pour les écouter. »

L'un des plus grands regrets de Potvin est d’avoir refoulé ses émotions, et de ne pas en avoir parlé plus tôt, afin de pouvoir obtenir de l'aide. Le refus d’exprimer ses émotions s’est ajouté aux autres problèmes auxquels il devait faire face, et cela ne l’a pas juste affecté lui, mais a aussi affecté toutes les personnes qui l’entouraient.

Cependant, il a appris à quel point il était important d'obtenir de l'aide. Même si on peut se sentir mal à l'aise à l’idée de parler de ses sentiments à un thérapeute, ou même à un ami, au final on se sent plus léger après l’avoir fait.

« Le simple fait de savoir que les gens autour de nous comprennent, ou du moins essaient de comprendre ce que nous vivons et ce que nous ressentons, ce simple fait aide à nous faire sentir que nous comptons – et c’est vrai que nous comptons », explique-t-il. «Tout le monde mérite de se sentir aimé et accepté. Personne ne mérite de se sentir seul. Ne pensez pas que vous pouvez être une exception. »

Une personne qui a bien compris la situation de Potvin a été son amie et coéquipière, Shania Van Herk. Même si elle n’a pas vécu les mêmes situations que Potvin, Van Herk sait ce que c’est que de broyer du noir, et elle ne voulait pas que son ami traverse cela tout seul.

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« La chose principale que j'ai faite pour l'aider dans son combat, ça a été de le soutenir», declare-t-elle. « J'ai décidé que je serais là pour lui, parce qu'il avait besoin de quelqu'un en qui il pouvait avoir confiance, et avec qui il pouvait parler de tout et n'importe quoi. »

Pour les personnes qui doivent faire face à des problèmes de santé mentale, Van Herk insiste sur la nécessité de trouver quelque chose qu’elles aiment et auquel elles puissent se raccrocher. 

« Je pense que ces personnes ont besoin de prendre leur temps, et de faire ce qu'elles aiment avec les gens qu'elles aiment », explique-t-elle. «Je pense que si elles peuvent avoir ça, ça pourra leur apporter de la joie, et les réconforter, même dans les pires moments. »  

Pour les personnes désireuses d’aider, Van Herk mentionne qu’il est important de savoir être patient, et que c'est un processus long et difficile. Mais c’est un processus au travers duquel beaucoup de personnes ont la volonté de passer, surtout s’il s’agit de sauver leurs proches. Grâce à toute l’aide qu’il reçoit, Potvin fait des progrès, mais tout n’est pas parfait. Il a toujours ses mauvais jours et ses rechutes, mais les gens qui l'entourent l'aident à traverser les mauvaises passes. La journée d’aujourd’hui n’est pas une journée facile, mais c’est une journée importante.

C’est une journée pour se rappeler, et pour rappeler aux autres, que vous n'êtes pas seul, et que vous êtes aimé et chéri. C’est une journée pour aider les personnes qui sont dans le besoin, les personnes autour de nous qui souffrent de sentiments qu’elles ne savent pas expliquer. Et, plus important encore, c’est une journée pour célébrer la vie que l’on continue de vivre.