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Graham Brown, président-directeur général de U SPORTS estime que le déclin des médias locaux est une désintégration progressive de l'espace médiatique traditionnel 

Andrew Bucholtz

(Crédit: J-Source)

Le paysage médiatique canadien rapetisse avec plus de 40 journaux communautaires et quotidiens gratuits échangés et principalement fermés par Postmedia et Torstar en novembre. Ceci n'intervient que peu de temps après que des ententes semblables à travers le pays, y compris entre Glacier Media et Black Press en 2014, ont conduit à la fermeture massive de journaux communautaires. Cette réduction de la couverture médiatique n'est pas un fait isolé: on note la fermeture de l’édition imprimée du Guelph Mercury en janvier 2016, les décisions prises par le CRTC au cours des dernières années qui ont mené à une baisse des fonds pour la télévision communautaire et plusieurs fermetures de chaînes, la diminution du financement des journaux étudiants au sein de plusieurs universités ou encore l'arrêt de la distribution imprimée dans des régions entières pour de grands journaux comme The Globe And Mail (à savoir le Atlantic Canada dans ce cas). Graham Brown, PDG de U SPORTS trouve cette tendance inquiétante et affirme qu'elle pourrait affecter le paysage sportif canadien à plusieurs échelles.

C’est la désintégration progressive de l'espace médiatique traditionnel; j'espère que nous trouverons une façon de remodeler les systèmes de communication dans le monde du sport. Cette thématique dépasse le cadre de U SPORTS - elle a une portée nationale. 

« Tous ces changements dans les journaux et la télévision locale ... on retient par exemple Guelph qui a perdu The Guelph Mercury, le Globe and Mail qui a mis un terme à la distribution et aux journaux régionaux, ou encore les entreprises de télévision qui ont mis fin à la télévision communautaire. » dit Graham Brown. « À l’époque le CRTC pensait que les consommateurs profiteraient des services de câblodistribution réduites, mais qui aurait pu imaginer qu'ils assisteraient en réalité à la fermeture de toutes les chaînes de télévision communautaires ? CTV ne couvre même plus les actualités sportives lors des nouvelles de 18h00 et 23h00 à la télévision… C’est la désintégration progressive de l'espace médiatique traditionnel; j'espère que nous trouverons une façon de remodeler les systèmes de communication dans le monde du sport. Cette thématique dépasse le cadre de U SPORTS - elle a une portée nationale. »

L’appréciation de Graham Brown envers l’impact des médias sur le sport remonte à sa jeunesse; ayant grandi à Blenhein, Ontario où le journal communautaire (The Blenheim News-Tribune) était et demeure encore aujourd'hui la pierre angulaire de la communauté sportive locale. Dès lors, il a compris l’importance des médias au niveau provincial et national et a intégré cette dimension dans ses positions de leadership au sein de la Ontario Minor Hockey Association, Rugby Canada et maintenant, U SPORTS.

Comme le remarque Graham Brown, les changements dans l'univers médiatique canadien auront des répercussions sur le sport à l'échelle nationale. Mais ces répercussions pourraient avoir un impact d'autant plus lourd sur U SPORTS et certains autres organismes sportifs communautaires, pour qui les journaux locaux et les chaînes de télévision communautaires sont essentiels. Ayant personnellement travaillé plusieurs années pour des journaux communautaires en Colombie-Britannique, je peux attester de l'importance de la couverture des sports locaux, du football ou hockey mineur au football à l’école secondaire, en passant par les équipes de sports locales U SPORTS. Nous mettions toujours l'accent sur le local; car s'il existe beaucoup d'autres plateformes d’information sur les équipes de la LNH ou de la MLS, très peu d'entre elles couvrent les performances sportives à l'échelle de la communauté locale, des écoles secondaires et des universités.

De plus, Graham Brown souligne que les fermetures de journaux comme le Mercury, qui étaient assez importants pour couvrir les sports professionnels, tout en faisant un travail formidable avec la couverture des sports communautaires locaux,ont eu un fort impact.

Des centaines de pages de promotion du sport communautaire sont jetées à la poubelle, les Gryphons de Guelph en constituent une bonne partie. Et cela se passe partout dans le pays. Dans certains cas, les universités ne financent même plus leurs propres journaux, ce qui conduit à la disparition de journaux communautaires étudiants.

« On perd un journal comme le Mercury à Guelph, qui publiait chaque jour quatre pages de sport », explique Graham Brown. « Et deux de ces pages parlaient des sports professionnels, je comprends ... mais le fait est que sur plus de 365 jours, ça représente des centaines de pages de promotion du sport communautaire qui sont jetées à la poubelle, les Gryphons de Guelph en constituent une bonne partie. Et cela se passe partout dans le pays. Dans certains cas, les universités ne financent même plus leurs propres journaux, ce qui conduit à la disparition de journaux communautaires étudiants.»

Les coups portés aux journaux étudiants devraient préoccuper tous ceux qui s'intéressent à U SPORTS. J'ai travaillé trois ans pour la section sport du Journal de l'Université de Queen's et j'ai alors pu constater non seulement à quel point mes collègues étaient dévoués à couvrir les équipes de notre école, mais aussi à quel point cette couverture était importante pour les entraîneurs et les athlètes. Les pages sportives étaient une des raisons pour lesquelles tant de gens lisent le Journal et c'était quelque chose qui était très important pour les équipes que nous couvrions.

Cette observation était loin d'être une exception : des collègues travaillant pour des journaux étudiants partout au Canada parlaient de l'importance de la couverture sportive pour leurs journaux et pour les athlètes dont ils parlaient. Comme d'autres organismes de sport communautaire, U SPORTS compte de nombreux athlètes phénoménaux qui connaissent du succès sur la scène nationale et internationale, qu'il s'agisse des Olympiques, de la LCF, de la LNH ou d'autres ligues professionnelles. Mais les journaux, les étudiants et la communauté jouent un rôle clé pour faire connaître ces athlètes.

La couverture médiatique elle-même ne va pas disparaître, mais elle subit des changements radicaux suite à de telles actions. Et les commentaires de la Ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, en septembre, laissent entendre que le gouvernement fédéral ne va pas aider à sauver les chaînes de télévision et journaux locaux.

Il faut centrer l’aide sur l’innovation, l’expérimentation et la transition vers le numérique. 

Joly

« Notre objectif ne sera pas de sauver des modèles industriels qui ne sont plus viables », a déclaré Mélanie Joly. « Il faut se concentrer sur l’innovation, l’expérimentation et la transition vers le numérique. »

Selon Graham Brown, l'évolution vers les journaux régionaux, le développement de grands organismes médiatiques et l’expansion de la couverture numérique comporte certains avantages, mais ils présentent aussi des inconvénients majeurs, notamment par rapport aux sports au sein de petites communautés autrefois abordées localement, mais peu susceptibles d’attirer l'attention à l'échelle régionale.

« Je suis convaincu que cette évolution du système médiatique possède un énorme potentiel », affirme Graham Brown. « Mais je pense que les gens ont besoin de prendre conscience des inconvénients qui y sont liés. »

Les évolutions au sein de la télévision communautaire sont particulièrement inquiétantes pour le PDG de U SPORTS, qui s'attend à ce que la tendance de la fermeture des stations continue.

« La télévision communautaire est probablement la plus grande », ajoute-t-il. « Shaw a fermé sa télévision communautaire de l'Ouest canadien. Et on va le voir avec Rogers, ils ont déjà commencé. On va le voir avec EastLink, on va le voir avec Cogeco. »

Nous travaillons fort pour devenir des leaders en médias numériques et pour toutes les bonnes choses que nous faisons, nous devons prendre conscience que si les médias numériques sont importants, et c’est enthousiasmant, il demeure d'autant plus important de soutenir les médias traditionnels.

Bien sûr, il existe des solutions alternatives avec, entre autres, des organismes de presse en ligne, des blogues communautaires et des forums. Aussi, les médias numériques présentent de nombreux avantages ; je l'ai constaté moi-même après avoir couvert les sports canadiens pour Yahoo Canada pendant six ans. Le numérique offre en effet la possibilité de diffuser des histoires intéressantes de n'importe quel lieu. Mais il a des inconvénients, surtout quand il s'agit de la couverture locale. Les médias numériques ne sont généralement pas liés à un endroit et ne couvrent généralement pas les sports communautaires avec la même profondeur que les journaux et les stations de télévision locaux. Et tandis que des organismes comme U SPORTS investissent massivement dans leur propre contenu multimédia numérique, Graham Brown affirme que cela ne suffira jamais à compenser les pertes médiatiques traditionnelles et les nombreuses bonnes histoires que les journalistes communautaires ont fournies sur le sport communautaire.

«Nous travaillons fort pour devenir des leaders en médias numériques et pour toutes les bonnes choses que nous faisons, nous devons prendre conscience que si les médias numériques sont importants, et c’est enthousiasmant, il demeure d'autant plus important de soutenir les médias traditionnels.», explique Graham Brown. « Et peut-être qu'il est trop tard, en réalité. Nous perdons des journaux, etc., mais je crois encore qu'il y a des générations de personnes qui aiment cette approche traditionnelle et nous nous devons de soulever ce problème pour y remédier autant que possible. »

 

Le PDG de U SPORTS souligne que les problèmes ne se limitent pas à la fermeture des agences de presse. Ainsi, les réductions chez de nombreux points de vente ont entraîné le départ de nombreuses personnalités importantes.

« Je suis simplement troublé par ces évènements. Nos voix, nos journalistes, nos animateurs de radio... nous allons perdre notre cadre traditionnel qui était et demeure un moyen important de diffuser des messages sportifs. »

Graham Brown affirme que si les conséquences de la perte de la couverture locale s'étendent à tous les domaines, il peut particulièrement partager ce que cela signifie pour le sport. Avec la fermeture ou la diminution du nombre de medias couvrant traditionnellement le sport communautaire, il y a de moins en moins de possibilités de couverture pour les athlètes hors du circuit professionnel.

« Le sport se fait critiquer », dit-il. « Arrêtez et réfléchissez. Avec tous les efforts que nous concentrons sur le sport, je ne suis pas prêt à accepter que l'on communique uniquement sur le sport professionnel. »


profile_1.png (74 KB)Andrew couvre les sports universitaires canadiens depuis 2005 dans des médias tels que le Queen's Journal, le CIS Blog et Yahoo Canada, où il a également été rédacteur en chef du blog de football canadien, 55-Yard Line. Il est titulaire d'un baccalauréat en arts (avec distinction) de l'Université Queen's et d'une spécialisation en histoire. Il travaille actuellement comme auteur et rédacteur pour Awful Announcing et The Comeback.